Transat Quebec Saint Malo: Des arrivees en accelere

Monday, 04 August 2008


La bonne nouvelle vient du large. Un bon flux d’Ouest généré par une nouvelle dépression souffle dans les voiles des concurrents encore en mer. De quoi parcourir les derniers milles de cette 7ème Transat Québec - Saint-Malo à belle allure et favoriser des arrivées en accéléré durant les 24-48 heures à venir. De quoi surtout encourager les équipages à ne rien lâcher et à se livrer une dernière course de vitesse. Aujourd’hui, la cité corsaire attend de pied de remparts ferme An Ocean of Smiles (Christophe Bullens), le premier monocoque FICO, ainsi que Forget Formation (Pascal Quintin), quatrième multicoque de 50 pieds. Ils doivent tous deux rejoindre en fin d’après-midi la ligne de la délivrance après une traversée d’Est en Ouest depuis les eaux du fleuve Saint-Laurent pour le moins semée de pièges et d’embûches…

« Nous sommes aux Héaux de Bréhat à une cinquantaine de milles de Saint-Malo. Nous avons un petit peu de vent et un peu de courant avec nous. On espère que le vent va rester pour nous permettre d’arriver en fin d’après-midi. Nous avons des petits problèmes électroniques qui nous ont fait perdre pas mal de temps et nous ont obligés à gérer un peu à l’ancienne : observer les nuages et les risées sur l’eau par exemple. Nous avons aussi éclaté un spi et le code 0, nous sommes donc un peu handicapés dans le petit temps. Mais à bord, tout le monde est bien concentré pour les quelques heures de navigation qu’il nous reste », raconte Christophe Bullens à la vacation du jour.

Un mono et un multi aujourd’hui
Le monocoque belge se rapproche doucement mais sûrement de la ligne d’arrivée mouillée devant le môle des Noires de Saint-Malo. Quant à Forget Formation, le trimaran de Pascal Quintin, il est pointé à 15h, à 33 milles de la cité corsaire. Crédité d’une vitesse de 6-7 nœuds, on devine qu’il va aussi bientôt montrer le bout de ses étraves pour rejoindre ses collègues de flotte 50’ Open déjà amarrés dans le bassin Vauban. Ça sent l’écurie pour ces deux équipages, qui ne font pas mystère de leur empressement d’en finir après 15 jours de course. Idem pour Prévoir Vie, le Class 40 de Benoît Parnaudeau, qui rapproche son museau de la pointe de Bretagne. Un dernier petit tour en Manche, et la 5ème place sera sans nul doute jouée demain dans la matinée.

Plus en arrière dans le camp des Class 40, le rythme s’accélère soudain et les retardataires propulsés, au portant, par des vents forts menacent de revenir sur ceux qui les précèdent. Par 47° Nord, à la latitude où progresse le gros des troupes qui emprunte une route Sud, il y a de la tension dans l’air. Le rythme s’accélère. Les équipages sont fatigués et le matériel est éprouvé par deux semaines de course éreintantes. Tous sont à nouveau sommés de faire parler l’écume dans des surfs endiablés.

« On a 20-30 nœuds de vent et des conditions assez exceptionnelles. La mer est safe, ça nous permet d’aller vite sans prendre de risques. Nous sommes cinq à bord et nous nous partageons volontiers le plaisir de la glisse à la barre. Le but du jeu, c’est de continuer à faire fumer le bateau jusqu’à la pointe de Bretagne pour recoller un peu  », lâche Jean-Edouard Criquioche (L’Esprit Large-Talmont Saint Hilaire) à la vacation. 11è, avec ses complices, il semble bien positionné pour voler la vedette d’une place dans le top ten à Appart City , qui progresse toujours moins vite sur une route plus Nord.

Derniers rebondissements ?
Même topo du côté de Pierre-Yves Chatelin à bord de Destination Calais : « Depuis hier on avance  très vite, toujours entre 10 et 15 nœuds avec des surfs impressionnants. Le vent forcit depuis cette nuit et quelques réductions plus tard nous en sommes à un ris et foc pour 30/34 noeuds, la terre se rapproche très vite et il est temps !  Le stress et la fatigue s'installent depuis un moment, l'arrivée sera la bienvenue, même si nous avons encore de bons moments quand - sans bien savoir pourquoi et de façon passagère la mer se calme -  et le bateau glisse encore mieux. Nous restons très vigilants pour ne rien casser, il faut tenir ! »

Voilà qui donne le ton et le tempo du dénouement ! À 25 milles du tableau arrière de Khat 7 (Eric Galmard), lui même à 20 milles de Groupe Partouche (Christophe Coatnoan), l’équipage d’Esprit Large qui ferme actuellement la marche a retrouvé des ailes et du peps pour se refaire une santé sur la grande houle de l’Atlantique. Si on en croit le célèbre adage de la course au large selon lequel la vitesse rend intelligent, voilà qui augure à l’horizon des 24 et prochaines 48 heures quelques chamboulements dans les classements…

Ils ont dit
Yannick Bestaven (Cervin ENR) : « Nous avons enfin des conditions plus maniables : du portant. Hier, nous avons fait des jolies pointes à 19-20 nœuds. La nuit dernière, nous avons progressé au travers, sous gennak’ et grand voile haute à une vitesse moyenne de 13-14-15 nœuds. Nous sommes contents, on fait des milles. Notre ETA est pour demain mardi et vue notre escale technique à Terre-Neuve, nous n’aurons que 24 heures de retard par rapport au premier monocoque FICO : c’est pas pire. En revanche, nous avons toujours la déception de ne pas avoir pu jouer avec les multicoques : à Gaspé, nous ne sommes pas passés longtemps après Crêpes Whaou ! À un mètre près, nous n’aurions peut-être pas tapé une baleine. Mais bon, avec des si, on peut refaire le monde. Il faut donc l’accepter et avec l’équipage nous nous sommes serrés les coudes pour faire une escale technique la plus courte possible. Nous serons contents de franchir la ligne demain dans la soirée… »

Hervé de Carlan (Delirium) : « Nous sommes sur la route directe vers la pointe de Bretagne, au portant et nous progressons à 12 nœuds de moyenne. Hier nous avons tout eu : de la pétole et un flux de Sud-Ouest, force 4-5 : nous avons faite des pointes à 22 nœuds. Nous avons retrouvé le sourire, le pire c’est bien la pétole et les voiles qui battent. L ‘ambiance à bord est très bonne, on gère au mieux la fatigue de tout le monde. Nous restons de vrais amateurs. Il y a quatre ans, je n’avais pas de bateau et nous sommes partis de zéro pour construire ce catamaran pour essayer un autre mode de navigation et une autre façon d’aller vite sur l’eau. Aujourd’hui, nous connaissons les moyens pour le faire évoluer et nous avons aussi une belle marge de progression en termes de navigation. Nous sommes encore en apprentissage et nous passons tous les jours beaucoup de temps à la table à carte pour réfléchir et envisager les différentes routes dans tous les sens. Nous avons fait une grosse erreur dans le Saint-Laurent : c’était un peu l’option suicide, nous accumulé beaucoup de retard. »

Erwan Thiboumery (Laiterie de Saint-Malo) : «  Nous sommes passés sous la barre des 300 milles de l’arrivée il y a quelques minutes. Nous avons fait route vers le Fastnet la nuit dernière. Actuellement, nous ne marchons pas trop mal : 8-9 nœuds sur une route directe. On va se rapprocher des Scilly et voir comment cela va se passer pour la suite. Nous n’avons encore jamais mis le safran que nous avons fabriqué : il est pratiquement prêt, mais nous le mettrons au dernier moment. On se dirige toujours avec des traînards et le clin foc à l’avant. On progresse encore u peu trop vite, il faut qu’on ralentisse à 7-8 nœuds, je pense. Ce safran doit nous permettre d’aller le plus loin possible jusqu’au chenal de la ligne d’arrivée. Nos nerfs sont encore un peu mis à rude épreuve, mais nous prenons notre mal en patience. Notre premier objectif était de sauver le bateau, il est atteint à présent que nous ne sommes plus très loin des côtes. À présent, notre récompense serait de finir la course… on va essayer de se rapprocher le plus possible, on va essayer d’y arriver. »

Miranda Merron (40 Degrees) : « 40 Degrees se retrouve dans les petits airs d’une dorsale, tandis que les bateaux derrière profitent déjà du renforcement du vent avec l’arrivée d’une nouvelle dépression, ce qui leur permet de regagner du terrain.  Ce matin, on a vu le lever du soleil, ce qui n’a pas souvent été le cas au cours de ces deux semaines de course, et puis ce matin, on a vu souffler des baleines. Hier soir, nous avons pu admirer les étoiles pour la première fois et désormais nous sommes sur le pont sans les cirés, ce qui est fabuleux ! Les petits airs ont leur côté positif, mais pour le moment on rêve tous d’une bonne douche chaude et d’une bière, bien entendu. Nous prions pour l’arrivée de vents plus forts, même si cela signifie que le travail va être épuisant et que nous serons de nouveau trempés jusqu’aux os. »

Eric Galmard (Khat 7) : « C’est la lutte à bord ! On va peut-être mettre le génois à la place du gennaker pour calmer un peu le jeu. L’équipage commence à être fatigué et nous avons hâte d’arriver… Nous avons un problème avec notre grand voile et nous ne pouvons pas prendre deux ris : un ce n’est pas assez, trois c’est trop. Le vent doit tenir encore : on va se relayer jusqu’au bout, nous n’avons plus que deux jours à tenir. Le bateau vient de partir au tas : là, cela se passe en force et non pas en douceur ! »

Voir Transat Quebec-Saint Malo images: 

Last Updated ( Wednesday, 06 August 2008 )