Transat Quebec Saint Malo: Trois trimarans et deux monocoques amarres au pied des remparts

Sunday, 03 August 2008



Trois trimarans de 50 pieds et deux monocoques de 40 pieds ont désormais pris leurs quartiers au pied des remparts de Saint-Malo. Ce dimanche, toute la nuit et la matinée, ont été animées par des arrivées hautes en couleur. Du côté des multicoques, dans le sillage de Crêpes Whaou !, il fallait donc jouer dans l'ordre Imagine (Pierre Antoine) et Prince de Bretagne (Hervé Cléris), qui ont rallié tour à tour la ligne en trois heures d’intervalle. Peu de temps après, place au vainqueur des Class 40, qui fait son entrée au petit matin. Halvard Mabire et son équipage décrochent tous les honneurs à bord de leur Pogo Structures. Tant sur le mode d’une grande régate côtière jusqu’à Saint-Pierre et Miquelon qu’au rythme effréné d’une traversée de l’Atlantique d’Ouest en Est dans des vents portants, ils n’ont eu de cesse d’en tirer le meilleur… Et de tirer leur sillage du jeu sur cette 7è Transat Québec-Saint Malo !
 
Pogo Structures au petit jour, un peu avant 7 heures du matin, coupe la ligne et pointe son étrave pour signer une victoire qui restera dans les annales de cette 7ème Transat Québec - Saint-Malo. Halvard Mabire, grande figure de la course au large, ne boude évidemment pas son plaisir de s’offrir, aux côtés de ses deux équipiers, Antoine Carpentier et Didier Le Vourch, les honneurs d’une épreuve, « qui a offert la même intensité et les mêmes richesses qu’un Tour de France à la Voile, qu’une Solitaire du Figaro ou encore qu’un Mini-Transat réunis. » Excusez du peu !
 
Récits salés au pied des remparts
Mais indéniablement, ce cru 2008 reste marqué sous le signe et le sceau des 40 pieds qui ont navigué et régatent encore comme s’ils disputaient un parcours entre trois bouées. A 10h30, c’est au tour d’Oliver Krauss et ses complices, Maxime Paul et Vincent Jaricot de couper la ligne à bord de Mistral Loisirs – Pôle Santé Elior. Ce jeune trio du haut de ses moins de trente ans de moyenne d’âge a traversé avec brio et se classe 2ème dans la catégorie Class 40. Sa navigation exemplaire, riche d’inspiration et de conviction suscite même des compliments sincères du grand vainqueur du jour à bord de son Pogo 40. Halvard Mabire salue la course de ses poursuivants des deux derniers jours : « si vous n'étiez pas allés si vite, nous n'aurions pas navigué aussi vite. Vous n'avez fait aucune erreur et vous avez favorisé le côté émoustillant de cette transat qui s'est révélée passionnante. Bravo ! »
 
Et voilà les six hommes des deux équipages refaisant leurs courses dans tous les sens sur les pontons du bassin Vauban. Les remparts n'ont plus qu'à bien se tenir : ils n'ont pas fini d'entendre les récits -  forcément salés ! -  des marins de retour sur terre après une traversée bien relevée. Oliver Krauss en témoigne aussi volontiers une fois le pied posé à terre : « Sacrée transat avec un début dans le petit temps et la suite dans la brise. C'est ma troisième, la première sur l'Atlantique Nord et je peux vous dire qu'on ne s'est jamais ennuyé : une bataille géniale ! »
 
Novedia Group, nouveau leader
Pendant ce temps, la course se poursuit de plus belle à moins de 100 milles de l’arrivée. Qui de l'équipe de Tanguy De Lamotte (Novedia Group – SET Environnement) et des Italiens de Giovanni Soldini (Télécom Italia) complètera le podium ? Voilà quelques jours déjà que ces deux équipages se cherchent par classements interposés. Le quatuor de Novedia Group n’a de cesse en effet de remonter sur son plus proche concurrent, handicapé et pénalisé par la perte de deux spis. La nouvelle tombe sur les coups de midi. Voilà, c'est fait : le 4ème est passé 3ème. Dans le sillage des deux premiers déjà amarrés, il devient le nouveau leader. Giovanni Soldini ne s'y fait pas tromper et avoue volontiers, que privé des voiles du temps, il n'a plus beaucoup de coups à jouer. En approche des côtes françaises, il flotte comme un air de Dolce Vita au-dessus du cockpit de Novedia Group. Il est, sauf pépin majeur ou retournement météo de dernière minute, bel et bien en route pour grimper sur le podium avec une arrivée estimée dans la soirée, entre 22h et minuit.
 
Plus en arrière et dans le sillage de ces premiers Class 40, la bataille n’en manque pas moins d’intensité. Alors que Prévoir Vie (Benoît Parnaudeau), 40 Degrees (Peter Harding) et Techneau (Gilles Dutoit) ont engrangé les milles à vitesse grand V ces dernières 48 heures, Beluga Racer (Boris Herrmann) et Appart City (Yvan Noblet), plus au nord, ont bataillé dans les petits airs et perdu leur avance au classement. Pour autant, il leur reste entre 400 et 500 milles à parcourir avant l'arrivée à Saint-Malo. Tout reste possible au regard de la dorsale de l'anticyclone des Açores qui menace de s’installer plus longtemps que prévu. Résultat : les premiers du groupe risquent d'être ralentis et de voir leurs camarades revenir sur eux à la pointe Bretagne…
 
La mission accomplie des multis
Du côté des multis, le podium affiche complet depuis l’aube. Dans le sillage de Crêpes Whaou !, il fallait donc jouer dans l'ordre Imagine (Pierre Antoine) et Prince de Bretagne (Hervé Cléris), qui ont rallié tour à tour la ligne d'arrivée en moins de trois heures d'intervalle, du milieu de la nuit au petit matin ce dimanche… Les deux équipages n’ont pas caché leur satisfaction à l’issue du millésime 2008 de cette grande classique de la course au large servie, des eaux capricieuses du fleuve Saint-Laurent à la grande houle de l’Atlantique, par des conditions aussi variées que complètes.
 
Bien sûr, ces deux trimarans d’ancienne génération n’avaient pas la prétention, ni les moyens, de rivaliser avec le dernier des Open 50. Ils n’en ont pas moins démérité pour tirer le meilleur de leur multicoque. L’un comme l’autre ont rempli leurs objectifs comme l’explique Hervé Cléris, 3ème à bord de Prince de Bretagne alors que l’arrivée se rapproche des étraves : « Nous filons entre 18 et 20 nœuds. Nous avons chacun une écoute à la main et un oeil ouvert sur la flotte. Cette traversée s’est révélée aussi dure que passionnante. Mais pour nous, qui sommes repartis sur un nouveau projet il y a quelques mois à peine et qui avions comme objectif de faire un podium, c’est mission accomplie ! » Et plus encore dans la mesure où les multicoques de 50 pieds, de Crêpes Whaou ! à Prince de Bretagne ont montré à quel point leur classe a le potentiel de relever les plus grands défis océaniques. Espérons que de nouveaux bateaux viennent prochainement gonfler les rangs au départ des courses majeures. Affaire à suivre…
 
Ils ont dit
Tanguy De Lamotte, Novedia Group - SET : « Ca va super. Hier déjà, on avait commencé à bien revenir sur les Italiens. Ce matin, en voyant les positions, on s'est rendu compte qu'on n'avait plus que 15 milles de retard et là, on vient de le doubler ! On n'était pas assez proche pour se voir par contre on a eu un contact par VHF. On a appris qu'ils n'avaient plus que leur spi de brise et ils nous ont proposé de mettre nous aussi le petit spi et de la jouer équitable. Quand j'ai proposé ça à mes équipiers, ils ont dit qu'ils préféraient qu'on leur paie une bière à l'arrivée (rires) ! «
 
Giovanni Soldini (Telecom Italia) : " En début de nuit, c'était pas mal car le vent soufflait autour de 18 noeuds ce qui nous permettait de bien marcher. Il a ensuite molli, et pour nous, c'est devenu plus dur avec seulement le petit spi de tempête. C'est dommage, le bateau n'est pas à 100% de son potentiel. On essaie de le faire avancer au maximum, mais il ne faut pas rêver. On a fait une bêtise, alors on la paie. Tanguy vient justement de passer devant nous. On est bord à bord. Il marche un peu mieux avec son spi léger. Je ne vois pas beaucoup de coups tactiques à jouer, car le handicap que nous avons est vraiment important. A moins que le vent ne forcisse, mais ce n'est pas prévu… »
 
Pascal Quintin (Forget Formation) : « Tout va bien à bord même si ça commence à être un petit peu long. On a hâte de voir les remparts de Saint-Malo. Là, on est sous la bruine et dans le brouillard : c'est un peu triste comme ambiance. Il est difficile d'estimer une heure d'arrivée, c'est très aléatoire. Un coup on avance, un coup on s'arrête. Les derniers milles ne vont pas être simples. La situation météo à terre m'a l'air assez instable avec beaucoup de vents faibles. Heureusement, on connaît bien la côte entre Ouessant et Saint-Malo - c'est un peu notre jardin - ça devrait nous faciliter les choses. »
 
Eric Galmard (Khat 7) :  «  On est mort, ce n'est pas facile de tenir le rythme d'autant qu'on passe notre temps à changer de voile. On a renvoyé le spi et on essaie de remonter les deux bateaux de devant. On est content, on s'est aperçu ce matin qu'on avait creusé l'écart avec ceux de derrière. Actuellement, on a pas mal de vent, entre 18 et 20 noeuds, et on doit rester vigilant pour ne pas partir au tas. »
 
Christophe Coatnoan (Groupe Partouche) : « Par rapport aux journées précédentes, la nouveauté, c'est qu'on avance ! Hier midi, on a attrapé la dépression, ce qui nous permet de faire la route. Actuellement, on a entre 20 et 25 nœuds, mais il est prévu un renforcement du vent dans la journée. On risque donc d'avaler pas mal de milles ! L'idée, c'est d'en grappiller au maximum sur nos concurrents de devant. On en a quelques-uns à proximité, ça promet une belle bagarre. La course est loin d'être finie. »
 
Miranda Merron (40 Degrees) : «  On essaie d'avancer le plus vite possible. J'avais regardé si ça valait le coup de nous caler un peu au Nord, mais en fin de compte j'ai décidé que c'était trop loin et on a bien fait de ne pas le faire ! Là, on avance à 15 noeuds, ça mouille beaucoup. Dans quelques heures on aura beaucoup moins de vent. Il devrait passer de Sud-Ouest à Ouest puis Nord-ouest avant de mollir. Ensuite, une dorsale va nous rattraper. Le problème, c'est que les bateaux de derrière vont avoir du vent tout le temps. Il faut essayer de continuer à avancer quoi qu'il arrive, et se méfier parce qu'il reste encore pas mal de milles à parcourir. Nos adversaires ont encore le temps de revenir ! »
 
Récapitulatif des premières arrivées de la 7è Transat Québec-Saint Malo
Distance théorique : 2 855 milles (5 287 km)

 
Class 50’ Open
1 - Crêpes Whaou ! (Franck-Yves Escoffier) : arrivé jeudi 31 juillet à 20h 49 mn 14 sec, après 11j 3h 19 mn et 14 sec de course, à 10,68 nœuds de moyenne
2 - Imagine (Pierre Antoine) : arrivé dimanche 3 août à 03h 43 mn 10 sec, après 13j  10h 13 mn et 10 sec de course
3 - Prince de Bretagne (Hervé Cléris) : arrivé dimanche 3 août à 06h 32 mn 41 sec, après 13j 13 h 02 mn et 41 sec de course
 
Class 40
1 - Pogo Structures (Halvard Mabire) : arrivé le 03 août à 06h 50 mn 43 sec, après 13j 13h 50 mn et 43 sec de course, à 8,76 nœuds de moyenne
2 - Mistral Loisirs – Pole Santé ELIOR (Oliver Krauss) : arrivé le 03 août à 10h 30 mn 36 sec, après 13j 17h 30 mn et 36 sec de course, à  8,66 nœuds de moyenne.
 
En bref
Le premier monocoque FICO demain lundi… dans l’après-midi
A 15h30, ce dimanche, An Ocean of Smiles de Christophe Bullens progresse à 160 milles de l’arrivée à 9,5 nœuds de vitesse. Il envisage son arrivée à partir de midi lundi, mais prévoit quelques heures supplémentaires en mer si le vent mollit comme prévu. Le premier monocoque Fico doit donc son entrée dans le bassin Vauban dans le courant de l’après-midi.
 
De son côté, le 60 pieds IMOCA Cervin EnR pointe à 578 milles de Saint-Malo. Yannick Bestaven et son équipage affichent une jolie vitesse de progression de l’ordre de 13 nœuds de moyenne et une ETA, à prendre avec tous les précautions de rigueur, les voit arriver dans la matinée de mardi…

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Last Updated ( Wednesday, 06 August 2008 )