Route du Rhum: Effet yo-yo entre Phil Sharp et Gildas Morvan PDF Print E-mail
Tuesday, 14 November 2006
Vincent Caumes/RivaCom:


130 milles d'écart avant-hier, 76,6 hier, 104,3 aujourd'hui : c'est effet yo-yo entre Phil Sharp et Gildas Morvan depuis quelques jours. Cette nuit, c'est le Britannique qui a repris quelques longueurs au skipper d'Oyster Funds, profitant que ce dernier soit piégé dans une zone de calmes. La situation pourrait ainsi durer jusqu'à l'arrivée car les prévisions météo annoncent des vents très faibles et instables en direction jusqu'à Pointe-à-Pitre. De quoi garantir le suspens jusqu'au bout ! Et du supens sur cette fin de course, il y en a également chez les monos 60. Marc Guillemot (Safran) a doublé Anne Liardet (Roxy) ce matin en passant le long de Barbuda et Antigua et devrait atteindre la Guadeloupe la nuit prochaine.

" Il y a un peu d'air depuis ce matin : entre 5 et 9 noeuds. Ca fait du bien parce que les dernières 24 heures ont été un enfer ! Idem cette nuit. C'était pétoleux et instable, tant en force qu'en direction. Il y avait beacoup de grains et pendant une heure, je suis resté planté dans un trou de vent, sous la pluie " lâchait Gildas Morvan, ce midi à la vacation. Et pour cause, le rétablissement d'un alizé régulier et fort n'est pas prévu avant au moins la fin de la semaine. L'anticyclone des Bermudes est installé trop loin vers le nord-est pour provoquer un bon alizé et laisse au contraire passer de petites dépressions qui viennent circuler sur la zone de course. Résultat, cette contradiction entre les vents d'ouest, apportés par ces dépressions et le régime d'est habituel laisse sur la zone de course des vents très faibles et instables en direction. Alors forcément, sur l'eau, pour les solitaires, c'est le casse-tête ! " C'est une fin de parcours un peu décevante car il y a beaucoup de phénomènes qu'on ne maîtrise pas. Aujourd'hui, je pense qu'il y a une issue par le sud alors qu'hier, je croyais le contraire. Ca change constamment ", poursuivait de son côté Damien Grimont (Chocolats Monbana). Jusqu'ici, l'avantage était incontestable pour les nordistes. On l'a encore vu ces dernières heures : l'Irlandais Ian Munslow (Bolands Mill) mais aussi Guillaume Voizard, les deux concurrents les plus au nord-ouest, ont grappillé de précieux milles sur le petit groupe des centristes (Damien Grimont, Olivier Rabine, Philippe Legros...).

Pas avant vendredi en Guadeloupe

Reste que la suite réserve bien des surprises. " J'étais super content de moi jusqu'à ce matin mais depuis quelques heures, je déchante un peu. Ca semble un peu compliqué au nord pour les jours à venir. Certains fichiers météo nous mettent dans l'obligation de traverser un grosse bulle d'air " annalysait ce midi Guillaume Voizard sur le Comptoir Immobilier. Si les deux leaders, Sharp et Morvan, peuvent espèrer récupérer une fin d'alizé d'est d'ici à demain, la situation risque de se compliquer pour les suivants. " Une énorme zone de calmes se présente devant les nordistes. Elle devrait les scotcher lourdement dès demain après-midi. Finalement, moi qui suis dans le sud, je suis plutôt optimiste. Je me suis fixé pour objectif d'être au niveau du 21°N ce soir. Si j'y arrive, je devrais attraper des bribes d'alizés. Je pense que je vais encore perdre quelques milles au classement jusqu'au demain mais j'espère bien les regagner ensuite. " Pour l'heure, la seule certitude est que la route est encore longue pour la flotte des Classe 40. Les premiers ne sont en effet pas attendus avant vendredi à Pointe-à-Pitre. (philsharpracing.com) : " J'ai passé une super nuit. Je suis content parce j'ai évité la molle dans laquelle Gildas Morvan est tombé. Résultat, je lui ai repris quelques milles mais je reste méfiant car la route est encore longue. Plus longue que prévue en tous cas. J'avais espéré arriver à Pointe-à-Pitre demain mais ce sera vraisemblablement plutôt vendredi. J'ai 100 milles d'avance. Je me répète que c'est un tiers de la distance qu'il me reste à parcourir et ça dope mon moral. Pour l'instant, je n'ai pas fait d'erreur, pourvu que ça dure. J'essaye de ne pas me mettre la pression même si j'y crois de plus en plus fort à cette victoire. "

Les échos du large

Classe 40

Damien Grimont (Chocolats Monbana):


" Je suis dans le pétole depuis cinq jours. Heureusement, j'ai un bateau qui va bien. Je ne lâche rien. J'ai encore empanné cinq fois cette nuit. C'est une fin de parcours un peu décevante car il y a beaucoup de phénomènes qu'on ne maîtrise pas. Aujourd'hui, je pense qu'il y a une issue par le sud alors qu'hier, je croyais le contraire. Ca change constamment. Cette nuit, Ian Munslow nous a collé 50 milles ! On en est presque à regretter une course en peloton, c'est quand même invraisemblable ! Là, on est piégé dans un système qui ne bouge pas. C'est un peu vexant. C'est comme si on nous avait enlevé notre liberté de choix. On est là où on est et on a juste à espérer une évolution des phénomènes en notre faveur. Il ne s'agit plus de stratégie. On subit, c'est tout. "

Guillaume Voizard (Le Comptoir Immobilier):

" J'étais super content de moi jusqu'à ce matin. Depuis quelques heures, je déchante un peu. Pour nous qui sommes au nord, ça semble un peu compliqué pour les jours à venir. Certains fichiers météo nous mettent dans l'obligation de traverser un grosse bulle d'air. On va tamponner et forcément, ça risque de revenir par derrière. Il faut être patient et serein. C'est drôle parce qu'il y a quelques jours, je n'aurais laissé ma place pour rien au monde. J'étais ravi d'être revenu dans le top 10 mais rien n'est acquis, il faut vivre au jour le jour. Je reste dans le match pour la troisième place, c'est d'ailleurs ce qui fait que je m'accroche toujours autant. La perpective d'un podium me donne envie de me battre jusqu'au bout. "

Gery Trentesaux (Guyader L'Esprit de la Mer):

" Je trouve incroyable la taille de l'échiquier sur lequel on joue en ce moment. C'est la première fois que je vis ça et c'est une situation que j'apprécie particulièrement. C'est vrai qu'on ne sait pas trop comment ça va se passer dans les prochains jours. Ca évolue tellement vite ! On est un peu dépendant de nos routeurs à terre en ce moment. Mais le podium reste ouvert. La route est encore longue. D'autant plus longue que la pétole va, semble t-il, nous poursuivre jusqu'à mercredi au moins. Ca traîne un peu en longueur mais c'est malgré tout beaucoup de plaisir ! "

Pierre-Yves Chatelin (Destination Calais):

" J'avance sous spi avec des vents de nord-est de 15-20 noeuds. C'est agréable de retrouver un peu de vitesse. On est un bon groupe à se livrer une bagarre intéressante mais on va tous avoir un énorme problème à gérer d'ici peu car il va y avoir des calmes partout. Ca risque d'être extrêmement compliqué. Heureusement, on est tous logés à la même enseigne. Les modèles ne sont pas hyper fiables et changent de 12 heures en 12 heures. Seule certitude, la route est encore longue. Je ne baisse pas les bras, au contraire. J'ai remonté pas mal de places au classement depuis deux jours et j'ai bien l'intention de continuer. "

Multis Classe 2

Victorien Erussard (Laiteries de Saint Malo), 3e des multis classe 2 :


« Je suis content de chez content ! Hier soir, mon routeur m'annonçait une mauvaise nouvelle pour la météo. J'étais dans une grosse bulle, à avancer à 2 nœuds avec Marc Guillemot. Et vers 2h du matin, le vent est rentré à 8-10 nœuds du nord-est. Je vois Antigua. Avant la Route du Rhum, je n'avais jamais fait de solitaire, et n'avais jamais navigué sur ce type de bateau avant le 15 septembre. La traversée était déjà la meilleure chose à réaliser pour moi, mais j'espérais quand même faire un podium. C'est mon esprit compétitif. »

Monocoques 60 pieds IMOCA

Marc Guillemot (Safran), 7e des 60 pieds Imoca:


« L'investissement dans l'ouest depuis cinq - six jours paye enfin aujourd'hui. Après une journée et demie de pétole, le vent est enfin revenu de mon côté, et pas encore dans l'est où se trouve Anne. Ce matin, j'ai longé Barbuda et j'arrive à Antigua que je devrais contourner par l'est à environ 3 milles de distance. »

Anne Liardet (Roxy), 8e des 60 pieds Imoca:

« C'est la galère, la galère, la galère ! Je n'ai pas de vent depuis plusieurs jours. Je savais que Safran allait passer. Mais c'est dur. J'ai empanné je ne sais pas combien de fois cette nuit. Parfois, j'empannais pour savoir d'où venait le vent. Je suis crevée. Je n'ai dormi que deux heures en 24 heures. Sans compter les manœuvres… »

www.routedurhum-labanquepostale.com

Route du Rhum photos
Last Updated ( Tuesday, 14 November 2006 )
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