En mer. Transat AG2R: L’Atlantique s’ouvre, deux options naissent Print E-mail
Saturday, 15 April 2006
Bruno Ménard:


Re-lan-cée. Après un passage à Porto Santo incroyablement groupé au milieu de la nuit dernière, la flotte de la Transat AG2R a pris comme un deuxième départ. Les 26 équipages s’attaquent à la traversée de l’Atlantique avec le libre choix de leur route. Et déjà deux options se dessinent, l’une au nord, l’autre au sud. Sont en tête, les tenants du titre Armel Le Cléac’h et Nicolas Troussel (Brit Air) premiers à Porto Santo et éclaireurs d’un passage au vent de l’île de Madère. Mais les sudistes - tous les leaders de la semaine ou presque - ne regardent plus guère les classements. Ils acceptent de perdre du terrain sur la route directe dans l’espoir d’en gagner davantage ensuite. Passionnant.

Extension du domaine de la lutte. L’immensité Atlantique se dresse maintenant devant les étraves des 26 coursiers de la Transat AG2R. C’est loin Concarneau. Déjà oublié le passage obligé de Porto Santo la nuit dernière et les néons aguicheurs du Pato Bravo, l’unique bistrot du quai. Ses tables de ferraille rouge qu’on faisait brinquebaler au rythme des histoires de marins, quand leur venait ce curieux besoin de faire des phrases, du temps des Transat à escales. On ne s’arrête plus, mes capitaines. Cap sur Saint-Barth’

D’accord, mais quel cap ? Au sud pour contourner « par dessous » une bulle sans vent qui se profile et courtiser en premier les cotillons des alizés ? Au nord pour ne pas allonger la distance ? Le doute est la chose la mieux partagée du monde marin. Dix équipages ont opté pour un passage au vent de l’île de Madère, les autres se sont laissés tenter par un plongeon au sud sous le vent du même caillou. Et chacun croit en sa bonne étoile, en tentant de se persuader que l’autre à tort. Ce midi en tous cas, on n’en trouvait pas un pour se féliciter de sa vitesse. C’est mou, ils font la moue partout.

On en est là. Au sud - ATAO Audio System et tous les leaders de la première semaine, de Bostik à Groupe Bel en passant par Veolia, Aquarelle.com et Delta Dore – on fait confiance à des modèles météo qui pensent qu’il vaut mieux « descendre » quitte à rallonger la route, plutôt qu’être barré au nord. « Tout le monde sait qu’il y a une bulle devant » résume Dominic Vittet (ATAO Audio System) mais il faut descendre vite pour récupérer derrière un flux de vent régulier »… Jérémie Beyou (Delta Dore) appuie : «d’après nos modèles, si tu vas au nord tu prends un caramel .» Et un caramel chez les navigateurs, n’est pas plus agréable qu’une « bâche », « veste », « rouste » et autres « valises » subitement lourdes à porter. Au sud, donc, on ne se préoccupe plus du classement, calculé sur la route théorique. On accepte de perdre du terrain en espérant en gagner davantage plus tard. Et l’on reparle de « retour sur investissement » et autres « milles à mettre sur la table »…

Suspense, suspense…

Reste que c’est chez les nordistes, passés au vent de l’île de Madère, qu’on trouve les leaders du jour. Armel Le Cléac’h et Nicolas Troussel (Brit Air). Les vainqueurs de la dernière édition ont fait ce choix « pour éviter le dévent de l’île et ne pas faire trop de chemin en plus » confirme en substance un Armel Le Cléac’h qui a (re)fait le coup du chacal à tout le monde la nuit dernière à Porto Santo, revenant de l’ouest au nez et à la barbe de l’Aquarelle.com de Yannick Bestaven et Ronan Guérin, pour rafler le Top Cap AG2R. A l’heure où les grands fauves vont boire, juste avant minuit, Brit Air a pris son envol et devancé de 3 petites minutes le duo d’Aquarelle.com et de 4 celui de Veolia (Roland Jourdain et Jean-Luc Nélias). Un « écart » annonciateur du regroupement général (on trouvait alors les 11 premiers en 50 minutes et les 21 premiers en 3h, au bout de 6 jours et 1000 milles de course !).

C’était juste avant le grand éclatement, cette séparation de trafic à Madère dont on est bien incapable de prédire le résultat Avantage nord pour l’instant, à l’instar de l’apparition dans le trio de tête de Corentin Douguet et Thierry Chabagny (E.Leclerc-Bouygues Telecom), à la lutte serrée pour la deuxième place avec le Cercle Vert de Gildas Morvan et Erwan Tabarly, respectivement 5 et 3,5 milles derrière le tandem de tête… mais sans plus de certitudes qu’au sud. Corentin Douguet s’amuse de la situation : « Au sud, on a tous les météorologues reconnus de la course, les Mino Vittet, Jérémie Beyou, Jean-Luc Nélias, Roland Jourdain et j’en passe. Et nous ben… on est au nord ! D’abord parce qu’on craignait le dévent de Madère, ensuite parce qu’on ne trouvait pas pertinent de rallonger la route. On fait un choix conservateur. On verra bien. »

On verra bien, c’est ce que dit aussi Jérémie Beyou, de l’autre côté de la flotte. D’accord, mais quand ? « Pas avant deux ou trois jours » pour Dominic Vittet. «Il faudra attendre trois ou quatre jours » surenchérit Louis Bodin le météorologue de la course qui assure pour la suite : « l’anticyclone des Açores revient s’installer à sa place… sur les Açores et sous cet anticyclone l’alizé va progressivement s’établir au secteur Nord à Nord-est dans la journée pour 10 à 15 nœuds puis 15 à 20 nœuds . »

La route de l’Atlantique devrait s’ouvrir, donc. Mais quand ? Aux dernières nouvelles, c’était toujours un faible flux de nord-ouest qui déhalait les bateaux à des vitesses de l’ordre de 5 nœuds.

Le classement de 16h aujourd’hui donne toujours avantage au nord, avec des Bateaux comme Gedimat (Tripon-Drouglazet, 16e hier et 4e à 13,6 milles aujourd’hui), Roxy (Davies-Barrier, 6e à 16 milles) ou encore Brossard (Duthil-Manuard), tous revenus dans les dix premiers. Le premier « sudiste » est le Veolia de Roland Jourdain et Jean Luc Nélias (8e à 17,4 milles) alors qu’ATAO Audio System plonge sans trembler en 20e position à 48 milles.

L’aile sud « recule » pour mieux prendre son élan avant le grand saut, cet Atlantique qui ouvre son immensité à toutes les hypothèses. L’aile nord engrange en attendant l’éventuel retour de flamme. Les jeux sont faits rien ne va plus ? « Absolument pas !», s’inscrit en faux Jean Maurel « ils ont juste pris une première décision stratégique d’importance. On a deux options marquées avec des cadors de chaque côté… mais la course ne se jouera pas uniquement là-dessus. Il reste 2600 milles à couvrir !» Roland Jourdain (Veolia) abonde en ce sens : « c’est l’inconnu devant, il y a du suspense… pour 15 jours !» Du suspense. Quelque chose nous dit qu’on n’a pas fini d’utiliser le mot.

www.transat-ag2r.com
Last Updated ( Saturday, 15 April 2006 )
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