En mer. Transat AG2R: Les vitesses ne dépassent guère 3 nœuds Print E-mail
Thursday, 13 April 2006
Bruno Ménard:


Encalminés. Eole souffle le chaud et le froid sur la Transat AG2R. Après trois jours à titiller les records de vitesse, on bat des records de lenteur aujourd’hui, 500 milles au large de Gibraltar. Cet après midi, les vitesses ne dépassent guère 3 nœuds pour un groupe de tête qui joue à chasse risée dans un mouchoir de poche. Charles Caudrelier et Nicolas Bérenger sur Bostik sont en tête mais le quatuor des leaders tient en 0,6 milles ! La nuit s’annonce stressante.

« Il y a un mur devant nous ». Le mot est de Gwen Riou, (Suzuki Automobiles). Il résume brutalement la situation : panne d’énergie motrice. Vent quasi inexistant ou si faible qu’on ne sait plus quelles voiles choisir pour tenter d’avancer encore un peu. Au classement de 16h ce jeudi, un coup d’œil aux moyennes de vitesse confine à la cruauté : à peine plus de 3 nœuds pour la majorité des 26 Figaro Bénéteau encore en course. Oubliées les moyennes supérieures à 10 nœuds. En équation terrestre, ils avancent à 5km/h, alors qu’il reste plus de 5200 kilomètres à courir (2823 milles pour le leader)…

Le leader, c’est encore Bostik justement. Décidément très régulier aux avants postes, le monocoque de Charles Caudrelier et Nicolas Bérenger, a repris l’avantage sur le Veolia de Roland Jourdain et Jean-Luc Nelias et sur le Cercle Vert de Gildas Morvan et Erwan Tabarly pour… 0,5 milles, soit 900 mètres. A la vacation de ce midi, derrière la voix de Roland Jourdain alors en tête, on entend le bruit caractéristique des voiles qui claquent en cherchant d’où vient le vent… « On n’a pas la tête déformée par la vitesse, c’est sûr !» rigole Bilou, « en fait on n’avance pas et je ne sais pas combien de temps ça va durer ».

On avait raison hier d’annoncer qu’aucun écart n’était décisif. C’est encore davantage le cas aujourd’hui, puisque ceux de l’arrière, qui ont bénéficié de vent établi plus longtemps, en ont profité pour refaire une grande partie de leur retard. Ce soir, sur une flotte de 26 bateaux, 18 se tiennent en moins de 9 milles d’écart !

« Style pot-au-noir »

«Depuis la nuit dernière, on a des conditions style pot-au-noir», résume Alexia Barrier (Roxy), « il y a des grains un peu dans tous les sens, de la pétole. Nous sommes à côté de Brit Air et Siemens et c’est la loterie sous les nuages pour les uns et les autres ». Ca s’en va et ça revient. A chasse risée, un coup on gagne, un coup on perd…. « Tiens, Cercle Vert a un poil plus d’air que nous, ils sont en train de nous passer », raconte Roland Jourdain. A bord du bateau concerné, Erwan Tabarly acquiesce : « on a touché une risée, 5 nœuds de vent ». Pas de quoi s’enflammer.

Jeanne Grégoire (Banque Populaire) fait contre mauvaise fortune, mot d’algèbre: « il n’y a plus que 180 milles pour Porto Santo, mais on va peut-être mettre autant de temps pour l’atteindre que celui qu’il nous a fallu pour venir ici » (880 milles parcourus, NDR). « Autour de nous, tout le monde a changé cent fois de jeux de voiles et au final, il n’y en n’a pas un plus performant que l’autre ». Sous spi pour les uns, sous génois pour d’autres, chacun cherche son salut en priant sa bonne étoile.

Après ? « La dépression peu active se forme entre les Açores et Madère et les concurrents en subissent les effets », annonce Louis Bodin, le météorologue de la course. « Le vent qui tournera au secteur Est ne dépassera guère 5 nœuds La nuit prochaine s’annonce donc très délicate ». Et la nuit prochaine.

Demain vendredi, cette même dépression peu active engendrera des vents toujours très faibles. « Il est possible que le vent revienne par l’ouest pour s’établir plus régulièrement ensuite de secteur nord à nord-ouest, 5 à 10 nœuds, mais je parle au conditionnel », poursuit Louis Bodin. Traduction brutale : bien malin qui pourrait dire quand les premiers arriveront à Porto Santo. Et s’ils pourront en ressortir facilement car « après, ça parait bien aléatoire aussi » soupire Jeanne Grégoire.

Après les longs runs de vitesse, place à la guerre des nerfs et aux micro-réglages. En veille sur le pont à l’affût du moindre souffle. Au menu de la flotte ce soir, c’est nuit câline nuit d’échine.

www.transat-ag2r.com
Last Updated ( Thursday, 13 April 2006 )
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