En mer. Transat AG2R: Deux nuits à sensations pour l’entame Print E-mail
Tuesday, 11 April 2006
Bruno Ménard:


Une première nuit musclée et une deuxième encore plus corsée au menu ce soir après une accalmie toute relative : les 28 équipages de cette 8e Transat AG2R n’ont pas eu droit au moindre round d’observation. Tout de suite à fond sous spi. Dominic Vittet et Lionel Lemonchois (ATAO Audio System) mènent la danse mais les écarts sont infimes.

« On peut dire que ça a bombardé très fort ! » Leader de la course avec Lionel Lemonchois sur ATAO Audio System, Dominic Vittet résumait assez bien le sentiment général à la première vacation officielle organisée depuis la FFVoile, ce midi à Paris. « Le bateau enfournait jusqu’au mât, on faisait des longs surfs à 17-18 nœuds, c’était assez spectaculaire et il semble qu’à cette allure on soit un peu plus rapides que tout le monde », se félicitait le Trinitain, alors à la lutte avec le Bostik de Charles Caudrelier et Nicolas Bérenger. Mais au classement de 16h, Cercle Vert (Gildas Morvan-Erwan Tabarly) et Les Mousquetaires (Bertrand de Broc-Benoît Petit) complétaient le podium provisoire, ces trois bateaux étant à égalité pour la deuxième place, tous à 1,8 mille des leaders.

Petits écarts et petites avaries

« Ils sont allés vite, à plus de 11 nœuds de moyenne sur les 24 premières heures mais les écarts sont encore infimes », résume le directeur de course, Jean Maurel, « il faut prendre les classements avec précaution, car les bateaux sont étalés en longitude : 22 concurrents tiennent en dix milles. Ce n’est rien. C’est comme s’ils étaient sur une ligne. Ils font des micro positionnements est-ouest pour anticiper le passage du Cap Finisterre, voilà tout, mais il n’y a aucun avantage ou retard décisif ».

Et le Cap Finisterre c’est pour cette nuit, avec sans doute jusqu’à 40 nœuds de vent… De quoi « s’amuser » tout en tentant de ménager la monture. Pas toujours simple, comme le note Jean Maurel : « ce qui me parait le plus notable, c’est qu’on a déjà quelques petites avaries, des spis déchirés par exemple ou des drisses qui ont souffert et cela explique que quelques ténors ont pu prendre un peu de retard .»

Armel Le Cléac’h et Nicolas Troussel (Brit Air), les vainqueurs de la dernière édition, sont de ceux-là. Sans dévoiler la nature de son problème, Armel a raconté qu’ils avaient eu « un souci» leur interdisant pendant quelques heures l’envoi du spi, ce qui explique leur 23e position et leurs 15,5 milles de retard. « Mais tout est réparé maintenant et le bateau est à 100% de son potentiel». Liz Wardley (Donneurs de Vie-All Mer) déplore, elle, d’avoir déchiré les deux grands spis et dû faire de la couture une partie de la nuit. Le spi de Groupe Celeos n’a pas résisté non plus, une écoute a souffert sur Objectif Océans… Rien de bien grave heureusement, juste assez pour illustrer que la relative accalmie de la journée est bienvenue pour réparer tout ce qui peut l’être avant ce fameux passage du Cap Finisterre.

Restent de grands moments de vitesse et de plaisir. Car dans ce vent fort, la nuit dernière il y a eu du grand spectacle à bord des bateaux et de jolies sensations pour les marins, comme le raconte Roland Jourdain : « La nuit a été belle : on allait vite, il y avait de la lune, des dauphins avec sauts périlleux, c’était vraiment super chouette. Franchement, on ne pouvait pas rêver beaucoup mieux même si c’était un peu humide. Mais dans 30 nœuds de vent au portant c’est un vrai plaisir ce bateau ! » Et le skipper de Veolia d’ajouter : « les choses tactiques plus compliquées sont pour dans deux ou trois jours, à l’approche de Madère ». Une zone d’incertitude météo barre la route et il y aura un vrai choix à faire pour la négocier. « Demain ou après-demain, ils vont forcément ralentir », prédit Jean Maurel.

Ils ont dit :

Christophe Lebas (Armor Lux-Salaün Holidays):


« C’était assez tonique comme histoire. On a eu jusqu’à 35 nœuds, des surfs sauvages et humides au largue.. des super conditions. C’était juste un peu frais cette nuit, l’eau est froide et le pont était inondé en permanence, ça caillait cette nuit mais à part ça c’était bien. On a un peu abîmé un spi, c’est réparable, mais ça nous handicape un peu. Je ne pense pas que la dorsale sera si compliquée à négocier. Je vois d’autres bateaux pas loin de nous : Roxy, Siemens et quelques autres. Ce midi il n’y a plus que 20 nœuds de vent en moyenne, c’est largement plus raisonnable. »

Armel Le Cléac’h (Brit Air) :

« On a eu un petit souci technique cette nuit et on n’a pas pu faire de spi pendant un bon moment, ce qui fait que sous génois on a perdu pas mal de terrain… Mais c’est réparé : maintenant, on a un bateau à 100% de son potentiel et ça va mieux. Le vent va tourner un peu à droite d’ici quelques heures, il faudra trouver le bon moment pour empanner puis bien gérer le passage du Cap Finisterre. La mer est assez chaotique, pas question de mettre le pilote pour le moment… »

Marine Chombart de Lauwe (Esprit 93) :

« Tout se passe très bien, on a passé une nuit sportive mais fort sympathique à alterner grand et petit spi avec 30-35 nœuds de vent, c’était parfait ! C’était un peu plus animé que prévu mais les bateaux tiennent bien la mer, on s’est fait plaisir à glisser entre 15 et 20 nœuds. C’est rigolo parce que c’est un peu la même configuration que le départ de la dernière Transat 6.50. La différence c’est que là j’ai pu lâcher la barre de temps à autre. Avec Julien, on se répartit les tâches de manière assez naturelle à bord. Je suis très fière de mon bateau, j’ai sous les yeux trois mots de la Seine-St Denis c’est un vrai plaisir de partir dans ce projet là. J’ai les filles de Roxy juste derrière moi, tout va bien ! »

Liz Wardley (Donneurs de Vie All Mer) :

« On a eu une nuit vraiment excitante, mais on a déchiré nos deux grands spis et nous avons été obligés de faire de longues réparations pour pouvoir les renvoyer, maintenant c’est fait, ça va mieux et on va pouvoir se reposer un peu. Le vent remonte maintenant et on va pouvoir naviguer de nouveau sous petit spi, ce ne sera pas plus mal.»

Erik Nigon (Axa Atout Cœur pour Aides) :

« Pour l’instant, la course se passe humidement et tranquillement ! On a décidé d’assurer à notre rythme de ne pas déchirer de spi pendant les deux premiers jours. Les premiers je les ai déjà vus à l’œuvre, ils attaquent à fond mais nous on n’a pas le niveau de confiance qu’ils ont et on ne veut pas déchirer nos spis maxi. On aurait préféré un départ plus en douceur mais on est dans le rythme, ce n’est pas si mal. On a une houle assez haute, une visibilité pas énorme. La nuit a été un peu difficile, mais nous on gère à deux la nuit dehors et on se repose la journée. On a à peine 15-20 nœuds mais on va reprendre 30 ou 35 en passant au Cap Finisterre ».

Jean-François Pellet (Lubexcel) : « Pas mal cette nuit ! Les petits copains ne sont pas très loin, faut qu’on s’accroche. Cette nuit c’était sportif, on est partis en vrac tranquillement une petite dizaine de fois, on a enfourné deux fois jusqu’au mât mais pas de bobo, on a juste abîmé une écoute de spi et un cagnard AG2R. Là, on a 20 nœuds, ça glisse bien sous spi, le ciel est bleu, tout baigne… »

http://www.transat-ag2r.com/
Last Updated ( Tuesday, 11 April 2006 )
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