En mer. Transat AG2R : C’est parti pour Saint-Barth Print E-mail
Sunday, 09 April 2006
Bruno Ménard:


Belle sensation au départ de la Transat AG2R, ce dimanche après-midi à Concarneau : les outsiders Eric Defert et Gwen Riou (Suzuki Automobiles), pour leur toute première participation à l’épreuve, ont damé le pion à tous les ténors de la classe Figaro Bénéteau et remporte le Prix Argos. Ils ont pris les premiers la route du large à la bouée de la Jument, devant le Cercle Vert du tandem Morvan-Tabarly et le Gedimat de la paire Tripon-Drouglazet. Le tout dans un vent faible et extrêmement capricieux. C’est parti pour 3710 milles de compétition et d’aventure océanique.

Quelle fête pour Eric Defert et Gwen Riou ! C’est leur Suzuki Automobiles, à peine baptisé par l’explorateur Nicolas Vanier, qui a pris la tête de la Transat AG2R, à laquelle ils participent tous les deux pour la première fois. A la bouée de la Jument, dernière marque du parcours côtier avant le grand large et Prix Argos, les deux jeunes hommes de Lesconil – outsiders sans complexes – ont mis les premiers le cap sur le large et la traversée du golfe de Gascogne, premier juge de paix de cette 8e Transat AG2R.

A 16h, Suzuki Automobiles était talonné par quatre équipages tout de même plus attendus à ce niveau : le Cercle Vert de Gildas Morvan et Erwan Tabarly, le Gedimat d’Armel Tripon et Eric Drouglazet, le Delta Dore de Jérémie Beyou et Vincent Riou, favoris à la lutte au centimètre avec Corentin Douguet et Thierry Chabagny (E.Leclerc-Bouygues Telecom).

Bertrand de Broc et Benoît Petit (Les Mousquetaires) ainsi que le Groupe Bel de Kito de Pavant et Pietro D’Ali (pourtant dernier à la première bouée du parcours !) n’étaient pas bien loin… Au bout d’1h50 de course, Suzuki Automobiles engrangeait tout de même 10 minutes d’avance sur le dixième au classement, à savoir Bostik de Charles Caudrelier et Nicolas Bérenger. Rien de décisif bien sûr, mais pas neutre psychologiquement quand on sait que cette course s’est déjà jouée pour 63 secondes à l’arrivée à Saint-Barth’…

Joli spectacle et vent capricieux

Le spectacle des 28 voiliers s’élançant pour la grande traversée était superbe. Pas moins d’une centaine de vedettes suiveuses accompagnaient les premiers bords des skippers, sous un ciel de traîne parfois percé de grands éclats de soleil. Côté sport, il fallait être fin régatier – et aussi avoir un peu de l’indispensable réussite – pour se sortir au mieux des caprices d’un vent de secteur nord bien faible (ce qui a d’abord entraîné un retard du départ de quelques minutes) et surtout très capricieux en force et en direction : 7-8 nœuds sur le premier bord, à peine 5 nœuds sous spi en remontant devant la ville de Concarneau puis… pétole totale à la jument.

« Le vent synoptique concurrence le vent thermique et ici, ça peut donner parfois un beau bazar », s’amusait le professeur Michel Desjoyeaux, venu aux commandes de son Zodiac assister au spectacle du départ. Et effectivement, au gré des bords et de veines de vent incroyablement différentes à quelques encablures d’intervalle, on a vu au fil des marques de parcours et dans le désordre : des derniers revenir parmi les leaders (Groupe Bel), des leaders (Brossard) rester scotchés dans une mini bulle et se faisant doubler à droite et à gauche… et même, à cap identique, des spis s’affaler pour être remplacés par des voiles plates afin de continuer à avancer doucettement au près plutôt que faire du surplace ! C’est dans ces conditions, disons « baroques », que la régate est la plus difficile. Et si les grands favoris que sont Jérémie Beyou et Vincent Riou (Delta Dore) ont tenu leur rang, le moins qu’on puisse écrire aussi c’est qu’ils ont bel et bien des adversaires de tout premier ordre. Voilà qui promet.

Tout cela sera anecdotique dans quelques heures sans doute, si le vent de secteur nord s’établit comme prévu pour une vingtaine de nœuds de nord-est. Et puis, il y a 3710 milles à courir d’ici Saint-Barth’, via Porto Santo. Trois semaines d’histoires de mer et d’une compétition acharnée qui réserveront de belles surprises. Et forcément de jolies émotions.


Last Updated ( Sunday, 09 April 2006 )
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